Andreas SCHWEGLER

 53 ans / Entrepreneur / Thônex

Visages pour le futur, Andreas Schwegler

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© Andreas SCHWEIZER 2026

Jardinage et jardin

 

Chers Chênois du futur,

Quelles seront vos bonheurs et préoccupations quand vous ouvrirez cette capsule temporelle en 2075? A quoi ressemblera mon quartier dans 50 ans ?

Beaucoup de choses peuvent changer en 50 ans, je suis bien placé pour le savoir. 

Né en 1973 dans un village rural du canton de Lucerne, j’ai eu la chance de passer une enfance avec ma sœur et mon frère rythmé par les 4 saisons. Jouer dehors avec les copains voisins, vivre des aventures sur le chemin d’école qui nous menait à travers une forêt sur la colline, descendre en luge et éternuer tout l’été quand les paysans faisaient les foins autour de notre maison. Enfant, ça ne m’enchantait guère quand il fallait aider mon père pour le jardinage ou ramasser du petit bois pour confectionner des fagots dans les forêts – je préférais jouer au foot avec mon frère ou faire du vélo.

Mes années d’adolescence et de formation se passaient essentiellement dans la campagne Lucernoise qui, hormis un pub (qui existe toujours en 2026), ne se distinguait pas par une offre très exaltante au niveau des sorties. C’est ainsi qu’à la fin de ma formation j’ai suivi l’appel de la « grande ville » de Lucerne. Je crois qu’à l’époque j’avais besoin de découvrir le monde, qu’il se trouve dans cette ville ou plus tard en Angleterre pour apprendre l’anglais ou encore à Genève où j’ai atterri à l’âge de 22 ans.

Des passages professionnels en Espagne et des voyages en sac à dos en Amérique Latine m’ont permis d’élargir mes horizons, de voir comment les gens vivaient dans d’autres contrées.

J’ai aussi pu témoigner les changements qui s’opéraient d’abord doucement puis avec un rythme de plus en plus effréné. Des téléphones fixe avec cadran, aux « collect calls » depuis l’Angleterre, l’arrivée du fax, puis les premiers e-mails, l’internet, les appels en voyage depuis les cyber-cafés… 

Et pour finir,  la révolution avec l’arrivée des téléphones mobiles, mutant en « smartphones » – et ce qui fut jadis un simple gadget de science-fiction est devenu l’objet qui ne quitte plus ni nos yeux ni nos mains.

Alors que pendant plusieurs années j’étais à la recherche d’une vie animée en ville je commençais à ressentir le besoin de revenir à la nature, d’avoir un coin de verdure pour moi. Et puis j’ai rencontré la femme de ma vie alors que j’avais 31 ans. Ensemble nous avons partagé cette envie de voyager, la passion pour les photos, les balades en montagne, la dégustation des plats raffinés et le temps partagé avec nos amis autour d’un bon verre. J’ai toujours savouré les finesses linguistiques et les jeux de mots, le sens de l’humour que nous partageons avec ma femme.

Sur le tard, j’ai redécouvert le plaisir d’être dans le jardin et d’observer l’éveil de la nature et la résilience des plantes et des animaux. Ce havre de paix, je l’ai trouvé à Chêne-Bourg où je cours régulièrement au bord de la Seymaz pour m’aérer et pour m’émerveiller en contemplant les champs de blé parsemés de coquelicots ou les cultures peuplées de tournesols.

Est-ce que dans 50 ans quelqu’un pourrait toujours profiter de ce paradis ?

Alors que j’écris ces lignes un 12 juillet en l’an 2026, il fait 35 degrés dehors et la nature souffre de l’absence de pluie. La planète est sous l’emprise d’hommes politiques qui tyrannisent et saccagent, l’arrivée massive de l’intelligence artificielle soulève davantage de problèmes sociétaux qu’elle ne le résolve – et le mot « patience » devient de plus en plus étranger dans notre quotidien où l’immédiateté est devenue la norme.

Dans ces moments j’aime bien me remettre au rythme de la nature. Sentir mes mains après avoir touché une branche de romarin ou de lavande, me réjouir des premières tulipes qui pointent leur nez et remercier le magnolia qui nous offre sa beauté fragile chaque année. 

« Même l’hiver le plus long cède tranquillement la place à un printemps patient »

Andreas SCHWEGLER

Chêne-Bourg, juillet 2026

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