Charles BEER

65 ans / Ancien Conseiller d’Etat / Chêne-Bourg

Visages pour le futur, Charles Beer

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© Andreas SCHWEIZER 2026

Genève est un territoire aux identités multiples

Je fais partie des personnes qui ont le privilège de vivre à Genève, sur le territoire des Trois-Chêne. Cela fait maintenant presque trente ans. Thônex et Chêne-Bourg. Même si une « simple » question de changement de domicile m’y a amené, y vivre aujourd’hui est une forme d’évidence. 

L’histoire des trois communes qui composent cette non-entité illustre une dimension de l’histoire de notre République.

Canton de la Confédération helvétique, Cité internationale, Agglomération transfrontalière, Genève est avant tout une République composée de quarante-cinq communes.

Une République qui ne limite pas à ses Institutions, une République d’abord composée par son évolution sociale et économique, par les migrations dont elle a été le lieu d’accueil. Une République riche par son environnement, de ses échanges de tous types: humains, économiques, culturels.

Issu d’une de ces histoires liées à l’accueil et à l’ouverture de la cité, je suis conscient du hasard auquel je dois de prendre part à sa destinée dont je tire mon sentiment d’appartenance et mon engagement.

Les Trois-Chêne représentent le dernier apport territorial résultant indirectement des négociations du Congrès de Vienne dans le cadre de son rattachement à la Confédération helvétique.

Une Europe remodelée au lendemain des guerres napoléoniennes. De nouveaux conflits se succèderont pourtant jusqu’à à la deuxième Guerre mondiale.

La paix et la démocratie y sont aujourd’hui dominantes. Du moins en fonction de ce que l’on nomme Europe. Mais dans la période dans laquelle nous vivons, plusieurs raisons poussent à nous interroger sur son présent et son avenir. La neutralité nous protégera une fois de plus notre pays des risques d’éventuels conflits. Du moins veut-on le croire.

Les tensions nationales s’exacerbent partout dans le monde sur fond de colères, de montée des intolérances et d’affirmations d’identités trop souvent trompeuses. Les frontières deviennent l’objet de tous les fantasmes. Les ponts et les passages qu’elles représentent pourraient se muer en murs et en culs-de-sac. 

Les problèmes en temps de paix et en démocratie sont faits pour être résolus. C’est ce que permet souvent « l’amour des siens »[1]. Bien sûr trop souvent dans la douleur.

Mais « la haine des autres » n’offre d’autres perspectives que le malheur.

Loin des grands enjeux géostratégiques, les frontières entre les Trois-Chênes et les communes de Gaillard, d’Ambilly et d’Annemasse, qui se trouvent aux prises avec le même type d’incertitudes, incarnent un espoir pour le vivre-ensemble.

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[1] Romain Gary: «  le patriotisme c’est l’amour des siens, le nationalisme c’est la haine des autres ».

 

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